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Une terre millénaire

Exploitée jusqu'au XXème siècle

Apprivoisée au Moyen-Âge

Préservée jusqu'à nos jours

     C'est au début de l'holocène, il y a 10 000 ans, que remonte la genèse des Hortillonnages. Cette époque marque la fin d'une période glaciaire et la Somme, qui serpentait jusqu'alors de long en large des plateaux crayeux de la région et qui atteignait 1200m de large à l'emplacement d'Amiens, voit son lit se réduire peu à peu et laisse apparaître ses rives marécageuses et chargées de ses alluvions, ce qui vaudra bien des années plus tard leur exploitation par l'homme.

     En effet, malgré la première occupation humaine de la région 600 000 ans avant J.C, puis vers 800 avant J.C. la présence des Ambiani, cette tribu celte qui donnera son nom à Amiens, et bien sûr le passage de Jules César et ses légions qui nomeront quant à eux la ville Samarobriva ("pont sur la Somme"), l'exploitation des Hortillonnages tels qu'on les connaît n'est pas avérée avant le XIIème siècle de notre ère.

     C'est donc à cette époque, avec la régulation des eaux nécessaire à l'emploi des moulins, mais aussi du fait des besoins en nourriture d'une ville extrêmement prospère économiquement, que l'homme va s'intéresser à ces marais. Leur composition limoneuse et organique, ainsi que la présence de l'eau avec les quelques bras de Somme qui passent ici et là, leur confèrent des qualités de choix pour la culture. On y aménage alors des parcelles, les "aires", en creusant des canaux d'irrigation et de circulation, les "fossés" et certains "rieux". On y extrait la tourbe en formant des "entailles", et les "hortillons" y cultivent les légumes qui sont amenés sur le marché, directement via le fleuve en "barque à cornet".

     On y cultive également la "waide", cette plante tinctoriale qui va faire la renommée des draperies amiénoises et de leur "bleu picard", et donc la fortune des marchands waidiers. Ceux-ci financent en partie le chantier de la cathédrale qui commence en 1220, et contribuent ainsi à voir son gros-oeuvre achevé en 1269. Un temps record pour l'époque.

     A partir du XVIème siècle, la culture de la waide disparaît car concurrencée par l'indigotier qui est rapporté d'Inde. Cependant l'entretien et l'exploitation des Hortillonnages perdurent; la culture maraîchère ainsi que la pêche continuent de nourrir la ville. Perdure également l'extraction de tourbe, très présente dans les sols organiques des marais, celle-ci étant utilisée comme engrais et comme combustible. Cette activité connaît un essor important au XVIIIème siècle, alors que le bois devient rare et cher en raison des défrichements. La tendance commence à s'inverser environ un siècle plus tard avec le développement industriel et l'utilisation du charbon.

     Ce même développement industriel finira par avoir raison du maraîchage également. Avec l'arrivée du chemin de fer et plus tard même du compartiment frigorifique, la concurrence devient rude et on passe d'un millier de maraîchers hortillons au début du XXème siècle à une centaine dans les années 60. Il n'en reste qu'une poignée aujourd'hui.

    Bien qu'une bonne partie des aires soient aujourd'hui rendues à la nature, l'homme continue d'entretenir et de préserver ce patrimoine séculaire. Menacés de destruction en 1975 par un projet de rocade pénétrante, les 300 ha de marais qui restent sont sauvés par l'indignation de leurs occupants, et sous l'impulsion de M. Nisso Pelossof, qui fonde ainsi l'Assocation de Protection et Sauvegarde du Site. Les Hortillonnages deviennent alors un espace protégé et les premières visites guidées sont organisées par l'assocation dans les années 80. Les quelques maraîchers restant continuent à faire perdurer la tradition, de par leur travail, mais aussi à l'occasion de la fête du marché sur l'eau.

     On vient aujourd'hui dans les Hortillonnages pour admirer leur faune et leur flore, abondantes mais aussi fragiles, enserrées par la ville, ainsi que le travail passionné des propriétaires de parcelle qui viennent pour profiter les beaux jours, comme les visiteurs l'espace d'un moment, du charme exceptionnel que présentent ces lieux uniques au monde...